Dogo Canario

Le caractère du Dogo Canario

Le Dogo Canario se distingue par son caractère calme et ses attitudes de noblesse. Fortement dissuasif, c’est un gardien exemplaire, défendant naturellement son territoire et protégeant ses maîtres chez eux, mais aussi à l’extérieur. Son aboiement profond et grave ferait reculer le plus hardi des étrangers, mais si ce dernier se risquerait de passer outre ses avertissements, il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il déciderait d’agir par la manière forte. C’est également un chien très intelligent et extrêmement vigilent.

Il ne nécessite pas un propriétaire typique, pourvu que celui-ci soit avant tout une personne attentive et responsable. Seulement, un propriétaire de Dogo Canario ayant de l’expérience dans les chiens de travail est un avantage indéniable car le Dogo Canario est un chien de travail avant tout. Il apprend vite et il peut se distinguer dans des disciplines comme la conduite des troupeaux, le ring, l’obéissance, l’agility, le mordant,etc… pour lesquelles il possède des aptitudes naturelles. N’attendons pas non plus qu’il soit aussi performant que des caniches ou des Border Collie dans des exercices demandant de la souplesse et de l’agilité du fait de sa stature. Attention tout de même à ne pas dépasser certaines limites, il est comme nous l’avons dit précédemment un chien de travail avant tout, capable de réaliser beaucoup de tâches mais ce n’est pas non plus un « superdog » s’entraînant pour le prochain casting d’un film d’action à Hollywood : c’est un chien de travail avec « les pattes sur terre ». Prenons garde à ce qu’il n’arrive pas entre de mauvaises mains qui en feraient un chien d’attaque ingérable, ces imbéciles, qui après s’être essayés au rottweiller, au Fila Brasileiro, au Mâtin de Naples, à l’American pitbull terrier, etc… se tournent vers ce nouveau « pitbull » géant dans le but de satisfaire leurs esprits tordus.

D’un naturel dominant, il pourra difficilement cohabiter, voire même côtoyer, ses congénères du même sexe (voire pour certains sujets ses congénères du sexe opposé).
Conscient de sa force, il ne s’en prendra jamais aux chiens plus petits que lui, ceux là ne l’intéresseront même pas, qu’ils lui aboient dessus ou non. Par contre si le chien auquel il se retrouve confronté est d’un gabarit égal au sien, et à plus forte raison plus grand et plus lourd, son passé de chien de combat, atavisme qu’il a gardé depuis sa création, ressurgit. C’est pourquoi il faut privilégier les ballades en laisse, et ne les détacher que dans les grandes plaines désertiques à condition que le chien ait un rappel impeccable et qu’il revienne au pied sans aucun problème dès que se profile une silhouette de chien à l’horizon.

 » Cette « gueule de dur » est en fait un vrai « coeur d’or » « 

Côté famille, c’est le chien idéal : calme, affectueux, sociable. Quelque soit son lieu de vie, qu’il réside dans un château avec un grand pré, une maison avec un jardin, ou même un appartement (si on lui accorde le loisir de se dépenser par de longues ballades en ville ou à la campagne), il s’adaptera. En compagnie des enfants, c’est un régal. Patient, il laisse allégrement nos chères têtes blondes jouer avec lui sans jamais montrer de signes d’agressivité, d’impatience ou bien même d’agacement. On peut même affirmer sans se tromper qu’il est doux, attentionné et précautionneux à leur égard, tout comme d’ailleurs avec les personnes âgées (peut-être voit-il en eux des êtres plus vulnérables ?). En tous cas, le Dogo Canario trouve aisément sa place dans sa famille, il ne créera aucun problème et ne commettra aucun grief sur une personne de son entourage, à la condition sine qua non qu’il ait bénéficié d’une éducation ferme mais juste depuis son plus jeune age. Jamais par ailleurs l’expression « une main de fer dans un gant de velours » n’aura été employée à si bon escient qu’en parlant de l’éducation de ce chien. Ajoutons à tout cela qu’il est une véritable éponge à émotions : nul maître n’a besoin d’exprimer ses sentiments pour qu’il les devine et les ressente. Cette « gueule de dur » est en fait un vrai « coeur d’or », d’une sensibilité extrême, il sera toujours présent pour vous consoler dans les moments difficiles et vous sera agréable et plein de vie dans les instants de vie plus joyeux.

En conclusion, tout cela fait de lui un compagnon extraordinaire et dévoué.

La morphologie du Dogo Canario

Ce molossoïde se distingue par sa stature exceptionnelle.

  • 40 kilos minimum pour une femelle pour une taille comprise entre 56 et 61 cm
  • 50 kilos minimum pour un mâle pour une taille comprise entre 60 et 65 cm
  • Le standard admet une tolérance de 1 cm en plus ou en moins pour des sujets très typés
Dogo Canario
Une tête massive et majestueuse
Photo : © Mickaël LEMIRE

 

Musclé, puissant, massif, sa poitrine ample et large se dessine autour de ses muscles pectoraux hyper développés et descend au niveau de ses coudes. Sa carrure exceptionnelle, sa grosse ossature, sa tête large et massive et ses pattes énormes impressionnent.
La croupe plus haute que le garrot, la ligne de dos tendu, le Dogo Canario en mouvement couvre beaucoup de terrain, il est souple, agile. Quand quelque chose attire son attention, ses oreilles et sa queue se dressent.
Sa peau est épaisse et souple, quand le Dogo est attentif, diverses rides symétriques se forment sur sa tête, qui ont comme axe le sillon médian. Son poil est court, rustique, il présente une certaine rudesse au toucher. La couleur de sa robe représente une large palette de couleurs : du bringé dans toute ses nuances en passant par le fauve du plus clair au plus foncé, le blanc est proscrit, hormis certaines taches qui peuvent apparaître sur le poitrail, à la base du cou ou de la gorge, sur les pieds antérieurs et les doigts postérieurs ; le dogo ne doit pas être non plus de couleur noire. Le Dogo Canario possède un masque noir, qui ne dépasse jamais la hauteur des yeux.

En conclusion, le Dogo Canario est un chien impressionnant. Impressionnant ? Pas seulement, il est également beau et majestueux. Ce chien, qui dégage un tel charisme, ne manque jamais d’attirer l’attention des gens qui ne connaissent pas la race et continue à surprendre ceux qui en ont déjà entendu parler à chaque fois qu’ils le voient dans la rue, chez un éleveur de la race ou au détour d’une exposition canine. Son allure digne et sa silhouette imposante frappent les esprits dès la première rencontre et n’en finissent jamais de séduire les amoureux du chien.

La santé du Dogo et ses besoins spécifiques

Le Dogo Canario est un chien rustique qui ne craint pas les saisons.
Attention tout de même aux chaleurs estivales, veillez à ce que votre dogo ait toujours de l’eau claire et fraîche à disposition et un coin d’ombre accessible en permanence afin d’éviter les « coups de chauds » qui entraînent à une mort quasi certaine.
Malgré une santé de fer, il n’est malheureusement pas épargné par la dysplasie coxo-fémorale, vérifiez bien auprès de l’éleveur avant d’acquérir votre chiot si ses parents ont été radiographiés et demandez leur le résultat des lectures. Même si les origines de cette maladie peuvent être diverses et variées et que les études menées n’ont pas encore permis à ce jour de déceler les réelles causes de cette maladie, il n’est contesté par aucun vétérinaire reconnu que la génétique est, en partie, en cause, et que même si deux parents sains peuvent donner un chien dysplasique, et inversement, l’hérédité y joue là un rôle très important.
Pendant sa première année, la vigilance doit être de mise et les trop longues ballades sont à proscrire, tout comme le fait de le soumettre à des efforts brusques ne ferait que mettre à mal toutes ses articulations déjà sollicitées du fait de sa masse imposante et de sa croissance rapide.

Chiots Dogo Canario
Chiots issus des Contes de Lola
Photo : © Mickaël LEMIRE

 

Le poil du Dogo Canario ne nécessite qu’un brossage hebdomadaire; de plus, sans sous poils, les périodes de mue sont beaucoup moins contraignantes pour ses maîtres. Un bain par an, deux au grand maximum, reste envisageable.
En ce qui concerne l’alimentation, donnez lui exclusivement des croquettes de qualité, les friandises, ou encore la viande, n’est à offrir qu’en guise de récompense. Il faudra de toutes manières surveillez de prêt sa croissance afin d’avoir un beau Dogo Canario adulte.

Côté éducation, la patience est primordiale avec ce chien au caractère affirmé, jamais l’expression « une main de fer dans un gant de velours » n’aura sied aussi bien qu’à ce chien. Cependant, même s’il pourra paraître de temps à autre têtu, il n’empêche pas moins qu’il pourra écouter, apprendre et exécuter les ordres que son maître lui enseignera.

L’histoire du Dogo Canario

Anciennement nommé Perro de Presa Canario, l’histoire du dogo canario est pour le moins floue et les thèses sur ses réelles origines sont multiples et variées, certaines burlesques, d’autres plus crédibles. N’avons-nous le droit qu’à de belles légendes brodées autour de ce chien ou pouvons nous tirer de tous les textes et documents à notre disposition une quelconque réalité historique.
Résumons les étapes qui nous paraissent les plus cohérentes et les faits qui nous semblent les plus légitimes.

La traduction littérale de Perro de Presa Canario est « chien de proie canarien », nul doute n’est donc possible pour comprendre ce pourquoi il a été créé et les premières références historiques qui apparaissent dans les « celudarios del calbido » aux 16ème et 17ème siècle confirment son utilisation pour chasser, voire tuer, les animaux nocifs. Dans ces registres municipaux, communs à chaque île et tenus par les autorités canariennes de l’époque, nous pouvons y lire les graves problèmes qu’a rencontré la population canarienne, notamment celle rurale, à l’égard des chiens sauvages présents sur les îles qui infligeaient de nombreux dommages au bétail. Il y est donc défini sur plusieurs périodes une série de mesures à l’encontre, dans un premier temps, de ces chiens sauvages en vue d’éradiquer les dégâts qu’ils causaient. Nous pouvons également y apprendre que seules certaines personnes pouvaient détenir des chiens, à commencer par Pedro Lugo, conseiller municipal, à qui appartenait deux chiens dressés pour garder les quartiers de Adexe et Abona et chasser (voire tuer) tous les chiens errants. Les bouchers aussi avaient droit de s’accompagner de deux chiens pour se rendre sur le marché du bétail, il est intéressant de noter que ces chiens leur servaient également à la capture du bétail avant l’abattage.

Dès lors, grâce aux services qu’avaient rendu ces gros chiens aux Canariens, il y eut un véritable engouement public pour le perro de Presa Canario. Mais malgré la passion née autour du perro de presa canario, nous déplorons le fait qu’il n’existe aucune description physique de ces chiens jusque dans les années 1900, ni aucun tableau ou portrait connu à ce jour.

Chiot Dogo Canario
Chiot Dogo Canario rongeant un « petit » os…
Photo : © Mickaël LEMIRE

Dans de nombreux textes contemporains, pour ne pas dire la quasi-totalité, on peut lire que le Perro de Presa Canario était aussi un chien de combat, mais ce n’est absolument pas pourquoi il a été créé. La pratique des combats n’est arrivée qu’au début du XXème siècle, et ce n’est qu’à partir de cette période que la sélection sur les chiens les plus agressifs envers les autres, les plus forts et les plus hardis combattants débuta, le presa idéal prenait son adversaire à la gorge et ne lâchait plus sa prise pendant plus de vingt minutes, les autres qui n’attaquaient qu’aux pattes, les « pateros », étaient vite écartés de la reproduction. Les jeunes chiens faisaient leurs armes dans des combats appelés « pechadas » par les canariens, organisés entre amis où on ne laissait les chiens se battre que jusqu’à ce que l’un des deux prennent l’ascendant sur l’autre. Les combats d’adultes se déroulaient dans des grandes fêtes le dimanche matin en général, dans lesquelles on organisait également des combats de coqs et même de béliers. Les combats d’animaux étaient vraiment rentrés dans les mœurs, et la population s’en était entichée à tel point que, quand franco décréta l’arrêt pur et simple des combats en 1941, le perro de presa canario, à qui l’on ne prêtait plus que la fonction de chien de combat (d’autres chiens servaient désormais pour la chasse, la garde, et la conduite du bétail), disparut.

Ce n’est que dans les années 1970, que l’on veut reconstruire le Perro de Presa Canario, pour des raisons différentes selon les îles de Gran Canary et Ténérife. Les habitants de Gran Canary étaient nostalgiques des combats racontés par leurs aïeux, et ceux de Tenerife se souciaient plus de l’esthétique et de ses aptitudes à la garde, en voulant conserver un instinct de famille. Un problème de taille se pose néanmoins sur les deux îles, il n’en existe plus qu’une très faible quantité. Sur l’île de Gran Canary, on n’hésite pas à avouer l’intégration d’autres races dans le programme de récupération, pour principalement améliorer la combativité et l’agressivité des chiens tandis que sur l’île de Ténérife, on soutient encore le fait que la race ne fut récupérée qu’avec des chiens de race pure par un groupe de passionnés, théorie qui nous semble être une belle fable inventée en vue d’avaliser son existence et pouvoir prétendre à sa reconnaissance par les instances officielles. Cette reconnaissance aboutit en 2001, mais qui entraîna encore des difficultés dans le monde du Perro de Presa Canario.

Les étapes avant la reconnaissance

En 1976, Manuel Curto Gracia (éleveur sous l’affixe de Irema Curto), ébauche un premier standard pour un article qui paraîtra dans le magazine Doggy People, ce premier jet était simple et se basait sur des descriptions qu’avaient faites de vieux preseiros, ceux là même qui avaient connu les combats sur les îles Canaries dans la première moitié du 20ème siècle, et également sur quelques dimensions spécifiques, comme la taille et le poids. Son propre chien, prénommé « Boby », lui servit de modèle pour sa rédaction. Boby, un chien produit par Don Manuel Aleman, de Arucas, était pour manuel Curto, un chien typique de cette époque, de taille et de poids moyen, sa robe laissait apparaître de légères bringeures. De plus, ce chien avait un excellent caractère.

Dogo Canario
Urkan des Contes de Lola
Photo : © Mickaël LEMIRE

 

Le club espagnol du Presa Canario fut fondé en 1982, l’objectif principal de ses dirigeants de l’époque était la rédaction du standard de la race. Ce n’est qu’en janvier 1989 que le premier standard fut accepté par la RSCE, on a pu remarquer que le noir y était déjà proscrit, avant d’être autorisé lors de l’approbation de la deuxième écriture du standard le 28 avril 1989, standard qui inspire la nostalgie à un nombre important de passionnés qui n’acceptent pas la nouvelle appellation et s’opposent purement et simplement au Dogo Canario.

A partir de cette date, les nouveaux dirigeants du club Espagnol n’avaient plus pour objectif que la reconnaissance officielle de la race par la FCI, sans s’investir dans la mise en place de tests de caractères ou de dépistages systématiques de la dysplasie chez les sujets reproducteurs. En 2001, le but est atteint, mais pour des raisons incompréhensibles, voire injustifiables, la race est enregistrée en tant que Dogo Canario, et le standard qui était en vigueur s’en trouve modifié : le noir redevint proscrit, les tâches blanches autorisées jusqu’alors se retrouvèrent réduites à certaines partie du corps, les poids maximum n’existaient plus, la plupart des dimensions avaient disparues, etc…

En théorie, le Presa Canario, à compter de ce moment, n’existait plus pour les instances officielles canines, une nouvelle race naissait : le Dogo Canario. Le presa Canario et le Dogo Canario devenaient deux races distinctes, qui se basaient sur deux standards différents. De nos jours, le Presa Canario originel, le traditionnel, est sélectionné insidieusement par des éleveurs qui prennent comme référence le standard rédigé en mai 1989, dans les pays (principalement en Europe) dont les sociétés nationales cynophiles dépendent de la FCI.
Aux états unis en revanche, le standard du Perro de presa Canario, officialisé en 2003 par l’UKC, a conservé l’appellation d’origine, et sa nouvelle rédaction est quasi-similaire à celle de mai 1989, même si certains voient encore quelques différences notables. Aujourd’hui, des éleveurs comme Manuel Curto et d’autres opposants au Dogo Canario inscrivent les chiots nés chez eux à ce registre.

Chiot Dogo Canario
Portée des Contes de Lola

 

Textes : © Mickaël LEMIRE
Photographies :

  • © Mickaël LEMIRE

Élevage des Contes de Lola
Mickaël LEMIRE
Kerriguen Bihan
56630 Langonnet – France

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